Journal de tournée, Véronique Sanson, Plusieurs Lunes (2011/12) Les Années américaines (2015/2016)
Voir Véro sur scène peut surprendre; beaucoup s'attendent à un spectacle piano-voix, à une cuillerée d'un miel musical qui leur donnera la douce sensation d'une chaleur bienfaisante...Les premières notes de "Je me fous de tout" ont donc dû les surprendre, faute de les réveiller...Véro entre sur scène au son des guitares et des cuivres pour nous emporter vers un Sud prometteur et espéré alors que le vent me glace depuis plusieurs heures.
Les bâtiments du domaine qui enferment la cour où se tient le concert renvoient vers nous un son puissant, enveloppant. Leur couleur calcaire met en relief les visuels qui défilent. L'ensemble donnera à coup sûr de belles images. J'ai l'impression d'entendre Véro chanter à 2 mètres de moi, mais j'ouvre les yeux et ce n'est pas le cas. C'est la première fois que je ne verrai pas l'expression de son regard qui pourtant en dit souvent bien long sur le bonheur d'être là, sous les projecteurs, aimée d'un public qui, quoi qu'on en dise, est venu pour elle, même s'il se montre peu réactif. Alors que le vent se lève je l'entends chanter "Y a l'amour qui m'interpelle, comme un caveau hivernal" et non éventuel. On peut dire que cela colle bien à la situation! Quelques mains s'échauffent, les derniers rangs commencent aussi...
Quelques mots pour saluer les 1500 présents, pour exprimer son envie de partager "plein de choses, plein de rigolades" parce que cela lui ferait plaisir. Elle nous invite "surtout" à chanter ensemble "parce que ça fait du bien, c'est pour moi une vraie récompense, et que ça me plaît". Le souffle de la nuit glisse tout au long d'un "Comme je l'imagine" baigné de solitudes et de certitudes et je me demande si le choix d'échanger ces 2 mots lourds de sens lorsqu'elle se produit en public a une réelle signification. Pour être totalement honnête je n'en sais rien. Il faudra que je lui demande un jour ou qu'un expert m'éclaire...
Les applaudissements viennent enfin alors que tombent les premiers "bravo" clamés par des Sansoniens (dont je fais parti) montés sur ressorts. Nous sommes prêts à la prendre comme elle sera...
Annecy est déjà là. Rycko, Mehdi et Véro se donnent à fond. François Constantin incite le public à battre en rythme à grands renforts de mouvements de bras. Je tente d'approcher, mais cela m'est clairement opposé. Tant pis...en fait non, ça m'agace. Mais je ne suis pas le seul. Les joies des concerts; lieux différents, ambiances différentes (quoique là nous pourrions dire, autre temps, autre époque). Peu importe, le show se poursuit et la voix de Véro toujours aussi puissante tient le choc et continue de faire monter les fans en pression...
Entre vent et "chasse aux moustiques" c'est avec un remarquable bonheur que la suite du programme se déroule. Mehdi accompagne Véro à la guitare pour "Je veux être un homme". L'écho du public se fait entendre alors que Véro "les appelle toujours comme ça...Héooo héooo héooo". Au travers des bouts de vie qui se suivent, nous allons apprendre à la connaître, et peut-être à nous connaître, dit-elle dans un beau sourire.
Un dernier "ça m'énerve ce vent", lancé à la Bacri, puis elle se concentre et entame "Je me suis tellement manquée", extrait de l'album indestructible (1998); toujours aussi difficile à écouter pour moi parce que pleine de souffrances. Le clou sera enfoncé avec "le Temps est assassin". Les notes s'élèvent, la voix désormais bien chauffée se perd dans la nuit sous les reflets d'une lune projetée...moment magique, plus un bruit en parterre, juste des coeurs conquis et des applaudissements nourris. Nous serons alors tous sollicités pour chanter "fort", avec une lourde insistance, "Amoureuse".... "ça va être vachement beau, vous allez voir, hop....."; tout le public se lance alors dans un tendre coeur à coeur ...ah non... je confonds avec Gémenos et Ales...Malgré cette taquinerie que je me permets de faire, l'envoûtement opère une nouvelle fois, presque 40 ans après (Amoureuse est sorti le 20 mars 1972) et les barrières tomberont peu à peu, les voix des uns et des autres se mêlant peu à peu.
La tonalité du concert s'emballe sur "Drôle de vie" (pas de rappel..), "Si toutes les saisons", "Bernard's song"....Véro a la pêche, l'ambiance tourne au funk sur scène, les cuivres dynamitent ce morceau. "Sans regrets" concluera cette séquence avec violence comme souvent. La retenue exprimée à Palaiseau devait être une exception.
Et un ange apparut...