Le soleil des festivals d'été 2018, déjà loin, n'a pas pour autant rompu le fil des émotions. Depuis 7 longs mois et l'annulation de la tournée d'automne, nos pensées vagabondaient d'inquiétudes en craintes.
Malgré tout, ou, devrais-je dire, au-delà des méfaits du destin, ce 3 avril s'annonce officiellement comme le jour du retour sur scène. Et quel retour !!!
Les 2000 chanceux du Palais des congrès de Tours sont impatients. Ils vibrent de mille espérances, trépignant à l'idée d'entendre de nouveau raisonner sa voix si familière mais qui manquait tant. L'ambiance est électrique. Les mains s'échauffent et appellent le spectacle.
Comme si nous nous étions quittés la veille, à l'arrière d'une salle de France, Véro entre sur scène, sourire aux lèvres, comme une évidence, queue de pie noire pailletée et bottines stylées. Le public debout n'en finit pas d'applaudir, trop heureux de la retrouver. La chaleur des Tourangeaux n'est pas un mythe, encore moins une légende.
De mon regard, je balaie les visages, les yeux pétillent. Francois, Mehdi, Guillaume, Basile, Yannick, Dodo, Bertrand, les amis sont tous là. Anne Gravoin, sa "licorne", rejoindra l'équipe pour Marie. Intérieurement je souhaite la bienvenue à Renaud Gensane installé derrière le pupitre habituellement réservé à Steve Madaio, parti sur le chemin de cet ailleurs qui nourrit les tristesses, les peurs. Des deux côtés de la scène, le souvenir de ce musicien exceptionnel imprègne les pensées. Les facéties de l'homme au chapeau vont terriblement manquer, forcément. Faire sonner les notes sera le plus bel hommage. Et tous s'y donneront.
On le sent, le show de ce soir rimera avec intensité et liberté. Je n'ose imaginer ce qui doit passer par son esprit avant d'entrer sur scène.
Les musiciens relancent l'intro du premier titre, Dignes, Dingues, Donc ; Le public prend place ... "J'me promenais en ville..." C'est parti !
Happé par ces premiers instants, je ne m'étonne même pas d'être là, de pouvoir partager ce moment. Et pourtant, quel cadeau ! ! ! Je mesure ma chance d'avoir pu m'éclipser l'espace d'un jour.
Dès le début, ma voisine, rencontrée à Nîmes l'an passé pour la première fois, chuchote à mon oreille "Quelle voix !". Je confirme. Véro nous offre sa puissance mais aussi des interprétations nuancées, patinées par les émotions. Elle arpente la scène, revient au piano qui lui répond à merveille, en frappe les blanches et les noires, à plein doigts ou de loin, même debout face à lui (Drôle de vie), sans le quitter.
L'énergie de la scène inonde la salle, passe de coeur en coeur et fera taire toute velléité des radios vipères. Les médias se réjouiront tous, dès le lendemain, de ce retour impeccable, triomphant.
S'interdisant (mais pas vraiment) de trop parler entre deux titres, la set list est déroulée sans changement. Monsieur Dupont sera interprété devant un public finement connaisseur. Il offrira ainsi un silence envoûtant lors de la pause musicale. Habituellement, une partie de la salle applaudit toujours pensant la chanson terminée. Mais ce 3 avril là, en osmose, chacun colle parfaitement aux notes. Pas de note, pas de bruit. Lorsque les lumières remontent en intensité et que la musique reprend, Véro sourit, savoure l'instant, les musiciens également.
Il ne faudra pas beaucoup d'effort à chacun de nous pour libérer notre voix sur les standards (Besoin de personne, Amoureuse, Drôle de Vie, Vancouver...) ou sur les compositions plus récentes (Et je l'appelle encore, Ces moments-là). C'est fou ce que la musique peut dénouer ... Beaucoup sont venus pour la fêter, alors, pas de retenue. Le confort des fauteuils ne coupera pas l'envie de se lever à de multiples reprises et d'offrir de chaleureuses ovations à l'attention d'une Véro émue et visiblement heureuse. On peut le dire, par moment, ça fuse dans tous les sens : ici, un "Je t'aime", là un "encore". La gourmandise musicale n'en finit pas de porter haut le plaisir de vivre cette soirée. Même la technique ne viendra pas jouer les trouble-fêtes (seul Dodo bénéficiera d'un réglage en live). "Une envie de vivre" se fait remarquer, sans aucun doute.
Si certains s'attendaient à un spectacle à l'économie, c'est mal connaître l'Artiste ! Ce retour est un feu d'artifice, de vraies retrouvailles. La générosité est là, comme pour se faire pardonner (alors que personne n'en veut à personne). Véro se donne, donne, donne. Son équipe y va tout autant, comme s'il fallait tourner une page pour écrire une belle suite à cette aventure artistique dont on célébrera les 50 ans.
Portée par l'envie d'offrir le meilleur d'elle-même, nous aurons droit à d'audacieuses notes hautement perchées et de nouvelles variations teintées jazzy*, notamment sur Amoureuse. (*Je ne trouve pas de meilleurs adjectifs pour qualifier ce que j'ai entendu. Si quelqu'un a mieux, je suis preneur).
Sur cette tournée bis, la queue de pie qui l'"éclate" devient carrément flamboyante pour les rappels, d'un superbe rouge, brodée façon brandebourg et formant dans le dos un motif qui ne surprendrait pas un mexicain habitué du Dia de muertos ! (J'y vois un joli pied de nez !)
Deux heures d'un show tout en sincérité dont on se souviendra longtemps. Nous quittons les lieux, seul un mot nous vient : elle est incroyable, elle est musique !