Abreuvé d'horreurs les jours précédents, je décidais, malgré tout de chausser ma joie perdue et de partir, peur en bandoulière, en direction de Troyes.
Arrivé la veille de la caravane des années américaines, j'ai découvert une ville, qui, jusqu'àlors sonnait comme le berceau de la tristitude. Merci M.Raphael (par ailleurs présent au concert). Abandonnons ce coquin, faisons route vers le Cube. Dans ce gros bloc rouillé qui se dévoilera comme une bonne salle, ce soir, il y aura fête... Pour être honnête je n'avais nulle idée de ce qui naîtrait le moment venu. Etonnamment, compte tenu des circonstances, le public est au rendez-vous. La fouille au corps passée, à tournebouler la première Liliane venue, voici retrouvé(e)s, au milieu des inconnus du jour, quelques têtes d'habitué(e)s, décidé(e)s à transformer la soirée en bulle de bonheur. Comme prévu, Chris s'annonce à 8h30 pétantes, grande veste façon Maman. S'en suit un festival d'envie et d'énergie, soutenu par son incroyable jeu de guitare. J'ai beau regarder, je ne vois que 10 doigts... mais comment fait-il? Les notes fusent entre ses appels à applaudir, à se lâcher... Mimant le sportif qui défroisse ses tensions, secouant les bras, il reprend de plus belle, se recroqueville sur sa guitare pour mieux bondir tel un ressort et balancer un son racé. Comme on l'entendra le lendemain, baguette magique tendue vers lui, "les fées se sont penchées sur ton berceau". Don't be afraid resonne avec une épaisseur que certains percevront comme déchirante, d'autres glaçante. Ce Titou-là a quelque chose à nous raconter, à partager. Plus rock, le duo mené avec Sophie Auster pour Calling the Underground et Criminal Mind, à Nancy et Strasbourg, détournera notre regard de Chris. L'entracte, les lumières se rallument, tout le monde se prépare pour la suite. On essaie d'éviter le parler du monde extérieur. Il y a quelque chose qui tient de la schizophrénie à être là et il semble quand même assez difficile de se mettre au chaud des notes. Ha ! la lumière s'éteint....
La température monte au son des applaudissements et des cris alors que Véro s'avance, comme à son habitude, comme si de rien n'était, prête à nous embarquer de ville en ville dans sa bulle de bonheur. Et tous, nous n'aurons d'autre désir que de "l'emplumiser", et de lui offrir la plus belle des marques d'amour.
Le premier show de cette série, qui nous conduira de Troyes, jusqu'à Strasbourg en passant par Metz et Nancy, est lancé !
Surprenant son monde dès le début et les premiers Olympias parisiens de février dernier, Véro poursuit depuis lors sa route avec un agenda plus que fourni en cette fin d'année. Ce soir, tout comme les 3 jours à venir, elle veillera particulièrement à offrir le meilleur pour, peut-être, nous faire décrocher pendant 2h30, ou simplement et inlassablement partager des émotions qui nourrissent l'âme. Jamais avant ce concert de Troyes, le 18 novembre, je n'avais eu conscience, à ce point, de l'importance des artistes dans nos vies. Et ce soir, tout comme les jours à venir, cela allait prendre corps, cela allait faire sens. On ne peut que rester envahi d'admiration devant la réunion de ces talents. Chaque membre de la troupe apporte son désir de faire vivre la musique tout en restant accessible, et dans l'échange, distribuant des petits clins d'oeil, des regards appuyés, des "coucou". Les sourires s'accrochent aux lèvres, les fous-rires ne sont pas masqués et certains dévoilent de vrais talents clownesques. On partage la sensation d'être en famille dans son salon.
Le déroulé impeccablement mené verra la salle respecter quasi religieusement un silence patient pour le break de M. Dupont tout particulièrement à Troyes. Ces soirs-là, on se dit que le public est connaisseur, prenant la peine de retenir ses remerciements prématurés, ce qui, au passage, nous permet d'apprécier un joli sourire de la Dame, une satisfaction sincère.
A la différence de la tournée précédente, le public ne se lève que rarement pour danser sur Bernard's Song. J'avoue, je ne comprends pas. La setlist l'explique peut-être. Pourtant toute la troupe s'y donne. Tous cuivres dehors et choristes descendus de leur estrade, faisant face au public, le rituel du micro tendu opère à chaque fois. Et, alors que l'on tente de pousser ce "Nulle part" faisant vibrer nos voix dans tous les sens mais pas dans le bon, la leçon est puissamment donnée par Véro herself ! On peut le dire : elle en-voix sacrément ! Mais qui en doutait?
Je ne sais pas si l'on doit appeler ces soirées, un spectacle, un show ou un concert, mais il est clair que tout a été pensé pour gourmander nos sens : les lumières de Nicolas Maisonneuve habillent magnifiquement chacune des chansons en tableaux éphémères. De véritables créations qui participent aux battements de nos coeurs, qui nous font décoller pour Je suis la seule, ou qui se transforment en un cocon protecteur lorsque les premières notes quittent le clavier. Tout a été pensé pour nous faire entrer dans la musique et les yeux brillants de larmes, retenues ou assumées, seront autant de miroirs et d'échos à l'émotion reçue.
Nancy sonnera comme une libération pour moi, n'ayant pas réussi à détacher mon esprit des noirceurs actuelles le premier soir. J'ai ressenti le besoin de dire Merci. Merci d'être là, d'avoir assuré malgré tout, et tous ensemble. Les musiciens avaient très certainement besoin de ces concerts comme nous avions besoin d'eux pour conjurer une peur et se prouver que nous étions bien vivants.
Souvenirs
Non sans humour, elle nous avait prévenus qu'elle disposait d'accessoires, cachés dans son piano magique. C'est ainsi que l'on découvrit, une baguette magique, une brosse à cheveux qu'un saxophoniste facétieux testera sans succès sur un tromboniste fort dépourvu ; un rouge à lèvres, un chouchou rouge...et, un joli drapeau tricolore, respectueusement posé sur le piano, face au public avant d'entamer Amoureuse, "parce que l'amour gagnera". Cet hommage délicat a suscité chaque soir des applaudissements nourris de la part du public, quelque part soulagé de pouvoir ainsi exprimer son désir de dire que l'on n'oublie pas ceux qui nous regardent de là-haut, plutôt que par des mots forcément difficiles à trouver. Le V de la victoire au bout des doigts, bras tendus, face à nous, le regard fixe, l'instant est fort, très fort, peut-être même plus fort de soir en soir.
L'instant clown
Heureusement, les temps sombres n'ont pas effacé l'espièglerie du magical Steve Madaio. Pas le dernier pour la blague, il se trouva lors de la présentation des musiciens à tendre non pas sa main mais sa chaussure gauche... Et devine devine devine la tête de Véro ! Rire garanti... Sans oublier les lunettes tricolores (et clignotantes, s'il vous plait!) de Franck Sitbon, excellent imitateur de Ray Charles pour le dodelinement de la tête et de Gilbert Montagné pour les clap clap qui le caractérisent si bien. La palme de la blagounette reviendra à la pianiste, ne trouvant rien de mieux que de filer se planquer sous le piano (si si) au moment d'être officiellement annoncée !
L'image de Véro assise sous l'objet du délit comme une petite fille fera rire tout le monde. Et il faudra bien une liste de chanteurs d’antan faussement connus et égrenés par Titou pour l'en faire sortir, accompagnée de quelques sal**** envoyés à la cantonade et sourire aux lèvres.
Pépites
De ces concerts je garderai aussi en mémoire ces pépites musicales, que je n'avais jamais eu la chance d'entendre sur scène :
Il a tout ce que j'aime dont elle expliquera en connaître la signification depuis 2 ou 3 mois seulement. D'ailleurs, proposition est faite de lui expliquer après le concert ce que nous y comprenons. Un petit malin saisira sa chance au vol criant "chiche" haut et fort... on ne sait jamais...
Depuis la reprise de la tournée deux bijoux ont trouvé leur place au sein d'une liste déjà bien riche :
Etrange comédie est l'occasion de découvrir ce qu'a été sa vie outre -Atlantique, mais pas tout le temps, tempère-t-elle ! Ce titre semble d'une complexité folle par ses variations de rythme. Totalement agacée d'avoir loupé l’enchaînement des dernières notes à Metz (prononcer Mèss et non Mèts comme le public essaiera de le faire comprendre à Christopher le lendemain, à Nancy), parce que trop dans sa bulle musicale, elle proposera de recommencer la fin, "si belle", démontrant une capacité à se re-concentrer assez hallucinante. Mais, rien n'y fera ! Personne, absolument personne de lui en voudra. Le lendemain, à Nancy , le jeu sera impeccable, à vous faire regretter de ne pas en avoir capturé l'instant !
Au plaisir d'écouter les compositions de Chris en première partie s'ajoute celui de partager le duo magique que Véro nous offre pour Sad Limousine. Chaque soir est précédé par l'histoire de ce titre, joué par Titou bien avant d'en avoir le secret révélé ! L'histoire familiale effleurée avec humour est d'une redoutable efficacité, et l'on rit de bon cœur entre deux échanges mère/fils pour mieux se faire cueillir sur place aux premières notes. Mention spéciale de la meilleure blague involontaire pour Chris qui tentera "d'introduire" la chanson à Strasbourg ce qui fera vraiment rire Véro, et nous avec, lui indiquant que le terme n'était peut-être pas le mieux choisi. Je ne sais pas s'il a tilté sur l'instant.
J'ai vécu chaque soir comme un cadeau de la vie, malgré les peurs légitimes. Au-delà des sourires de tous, il m'a semblé que ce sentiment fut partagé, au point que beaucoup lancèrent des Mercis à tout va. Les plus chamboulés forceront l'attente pour lui dire directement en expliquant que c'était important pour eux de faire cette démarche.
Il y a bien plus que de l'amour pour Elle, il y a du respect.
Merci. Merci. Merci.